Les priorités nationales face aux moyens du gouvernement
La puissance industrielle et l’accumulation des investissements ne suffisent pas à définir la réussite économique d’un pays. Le discours du Trône du 29 juillet 2026 relie les acquis industriels marocains à leur diffusion dans la population et les territoires. Les investissements annoncés prennent une autre dimension lorsqu’ils se traduisent en emplois, en revenus et en services accessibles à la population.
Ce cap suppose de mobiliser davantage de financements nationaux et d’ouvrir les outils financiers aux entreprises, particulièrement aux petites et moyennes structures. Le discours royal associe l’industrialisation, l’innovation et les exportations aux conditions de leur financement. Le gouvernement doit, pour sa part, convertir cette orientation en règles d’accès au crédit, en procédures d’investissement, en politiques d’appui aux entreprises et en indicateurs publics d’exécution. L’importance des enveloppes programmées ne dit pas, à elle seule, si les projets sont viables ou accessibles aux acteurs économiques.
Le discours du 9 octobre ajoute une exigence d’efficacité sociale et territoriale. Il place la jeunesse, l’éducation, la qualification et l’emploi au cœur du nouveau mandat et appelle à renforcer les capacités du Royaume dans les secteurs de l’eau, de l’énergie, de l’alimentation, de l’industrie et du numérique. Aucun ministère ne peut, isolément, répondre à ces objectifs : la formation doit rencontrer la demande des entreprises. L’eau doit être arbitrée entre villes, agriculture et industrie. L’énergie doit accompagner les besoins productifs. La réussite dépendra donc de la coordination des politiques autant que de leur ambition.
Le point de tension le plus concret demeure la déconcentration. Les retards dans le transfert des compétences et des moyens vers les territoires ont été relevés dans le discours du 9 octobre. Ils constituent une question de fonctionnement de l’État, pas seulement d’organisation administrative. Une région chargée d’un projet sans personnel, sans budget mobilisable ou sans autorité de décision n’en détient pas effectivement la maîtrise. Le programme gouvernemental annonce des ressources supplémentaires. Il faudra vérifier le transfert réel des prérogatives et la capacité locale de les exercer.
Ces priorités s’inscrivent dans le fonctionnement constitutionnel des institutions du Royaume. La politique générale du gouvernement, les politiques sectorielles et leur mise en œuvre relèvent des compétences définies par la Constitution. Le gouvernement devra rendre des comptes sur ses choix budgétaires, les textes d’application qu’il adopte, la coordination des administrations, les délégations de compétences et les résultats publiés. La continuité des grandes orientations n’efface pas la responsabilité propre de l’exécutif dans les décisions et dans leur exécution.
Quatre partis, des engagements qui ne se confondent pas
Le PAM, l’Istiqlal, l’USFP et le PPS composent la majorité gouvernementale. Leurs programmes électoraux ne proposent pas des mesures identiques, même lorsqu’ils évoquent les mêmes priorités. Emploi, fiscalité, salaire minimum, aide sociale et investissement public recouvrent des publics, des instruments et des calendriers différents. Le programme de coalition retient des engagements communs sans reprendre l’ensemble des quatre plateformes de campagne.
La Chambre des représentants a accordé sa confiance au gouvernement le 22 octobre par 204 voix pour et 127 contre. L’investiture, obtenue à la majorité absolue, donne à la coalition les moyens parlementaires de porter des textes. Elle ne préjuge pas de la cohésion des quatre partenaires lorsque le financement d’une mesure exigera de choisir entre plusieurs priorités, ni de leur capacité à assumer collectivement ces choix devant les électeurs.
L’arbitrage est visible dès le rapprochement des propositions partisanes avec le programme gouvernemental. Le PAM et le PPS avancent chacun un objectif d’un million d’emplois, mais les dispositifs associés ne sont pas interchangeables. L’USFP retient des objectifs macroéconomiques et sociaux distincts, notamment une croissance annuelle d’au moins 6 % et une dette inférieure à 60 % du PIB en 2031. Le programme gouvernemental vise une croissance moyenne de 5 % et une dette orientée vers 62 % à l’horizon 2031. Ces différences ne permettent pas d’attribuer à un parti la paternité des arbitrages internes. Les objectifs affichés ne portent d’ailleurs pas tous sur les mêmes horizons ni sur les mêmes indicateurs.
Les ministres reconduits face aux engagements antérieurs
À l’Intérieur, Abdelouafi Laftit reste en fonction. Nasser Bourita conserve les Affaires étrangères, Abdellatif Ouahbi la Justice et Ahmed Toufiq les Habous. Abdeltif Loudyi poursuit ses responsabilités dans l’Administration de la Défense nationale. Nizar Baraka conserve les grands dossiers de l’eau et de l’équipement dans un périmètre remanié. Ryad Mezzour demeure chargé de l’industrie et du commerce, désormais avec l’investissement et l’inclusion économique. Abdessamad Kayouh reste au Transport et à la Logistique, Mohamed Mehdi Bensaid à la Jeunesse et à la Culture avec les Sports, et Azzeddine El Midaoui à l’Enseignement supérieur. La continuité des titulaires ne dispense pas d’un examen des engagements déjà pris.
L’Intérieur, la diplomatie, l’eau, les infrastructures, l’industrie et les transports conduisent des politiques dont l’horizon dépasse une mandature. La reconduction de titulaires peut donc assurer une continuité d’exécution. Cette continuité engage aussi les ministres reconduits sur l’avancement des investissements, les retards accumulés, les engagements financiers reportés et la qualité des services rendus. Leur bilan ne commence pas le jour de leur reconduction.
La nouvelle répartition des portefeuilles précise les responsabilités de chaque ministre. Fouzi Lekjaa dirige l’Économie, les Finances et la Performance publique, tandis que Nabil Benabdallah prend l’Éducation nationale, le Préscolaire et la Formation professionnelle. Youns Bjijou est chargé de la Santé et de la Protection sociale. Charafat Afailal prend l’Énergie, les Mines et le Développement durable. Khalid Hatimy dirige l’Agriculture, la Pêche maritime et la Souveraineté alimentaire. Ahmed Rahhou est chargé de l’Intelligence artificielle, de la Transformation numérique et de la Réforme de l’administration. Samir Belfkih prend l’Aménagement du territoire et l’Habitat. Leurs marges d’action dépendront des crédits et des textes fixant les attributions des ministères.
Les nouvelles responsabilités ministérielles se croisent précisément là où le programme exige une coordination. Une plateforme d’insertion des jeunes ne dépend pas seulement du département chargé de l’emploi. Elle mobilise l’école, la formation professionnelle, les entreprises et les services territoriaux. Les projets d’eau mobilisent l’Équipement, l’Agriculture, l’Énergie et les opérateurs publics. La réforme de l’administration, confiée à un portefeuille dédié, doit trouver des relais effectifs dans chaque département. Les décrets de compétence et les crédits donneront la mesure des moyens à disposition de chaque ministre.
Le fait qu’une femme dirige le gouvernement ne peut tenir lieu de bilan sur l’emploi féminin. Le rapport budgétaire consacré à l’égalité indique un taux d’activité des femmes de 19 % en 2025. La copie du programme gouvernemental annonce un objectif de 21,2 % à l’horizon 2031. Entre les 19 % constatés en 2025 et la cible de 21,2 % en 2031, la progression annoncée dépend notamment de l’accès au travail, de la mobilité, des possibilités de garde des enfants et de la formation. Les effets annuels de ces politiques restent à établir.
Ce que le programme retient des promesses électorales
Sur l’emploi, le programme gouvernemental retient l’objectif d’environ un million de créations pendant le mandat. Il en prévoit 250 000 dans l’industrie, 80 000 associées à la stabilisation des jeunes ruraux, 40 000 dans le sport, 270 000 dans les services à forte valeur et 360 000 liées notamment aux activités de préparation du Mondial 2030 et aux services connexes. Cette ventilation est un objectif de politique économique, non un décompte d’emplois réalisés. Son bilan se lira dans les créations nettes mesurées, la qualité des contrats et le nombre de postes durables.
Les programmes des partis convergent sur l’emploi et le pouvoir d’achat, mais divergent sur les instruments. Le PAM et le PPS annoncent chacun un million d’emplois selon leurs définitions propres. Le PPS propose aussi de réduire de moitié le nombre des jeunes ni en emploi, ni en études, ni en formation. Pour l’impôt sur le revenu, le PAM propose notamment un seuil d’exonération fondé sur le salaire brut mensuel, tandis que l’USFP met en avant une réduction relative de la charge fiscale salariale. Le texte gouvernemental et le PLF privilégient une modification progressive des tranches et du revenu net annuel exonéré. Les bases de calcul étant différentes, ces chiffres ne permettent pas d’attribuer une mesure à un parti sans démonstration supplémentaire.
La déclaration détaille aussi des mesures pour lesquelles la ressemblance des formulations ne suffit pas à établir une reprise intégrale. Elle prévoit une aide directe minimale passant progressivement de 500 à 1 000 dirhams mensuels, une pension minimale appelée à atteindre 3 000 dirhams et la prise en charge, sous conditions de revenu et de résidence principale, de factures d’électricité dans la limite de 100 dirhams par mois. Le PAM proposait une prise en charge plus générale des petites factures. Certains engagements du PPS visent d’autres prestations ou catégories de bénéficiaires. Même montant affiché ne signifie donc ni même public ni même financement.
Le budget 2027, première confrontation aux moyens
Le projet de loi de finances 2027 constitue le premier test d’exécution de la déclaration gouvernementale. Les priorités affichées ne deviennent pas toutes des dépenses immédiatement disponibles : certaines sont des règles à édicter, d’autres des programmes pluriannuels, et d’autres encore des crédits à répartir entre administrations et entreprises publiques. Une promesse ne peut être déclarée financée au seul motif qu’un ministère bénéficie d’une enveloppe globale. Les moyens mobilisés proviennent de plusieurs périmètres distincts : budget général, comptes spéciaux, services de l’État gérés de manière autonome, collectivités et établissements et entreprises publics.
Le cadrage du PLF a été engagé avant l’arrivée de la nouvelle équipe. La note d’orientation budgétaire remonte au 12 août 2026, sous le gouvernement précédent. Le projet a ensuite été assumé par le gouvernement El Mansouri. Cette continuité de préparation n’est pas en soi une anomalie : l’administration budgétaire fonctionne sur un calendrier qui dépasse la formation d’un cabinet. Elle oblige néanmoins la majorité à préciser les décisions qu’elle reprend et les modifications qu’elle introduit pour traduire son programme.
Le programme gouvernemental vise une croissance moyenne annuelle de 5 % entre 2027 et 2031, un déficit au plus égal à 3 % du PIB et une dette publique orientée vers environ 62 % du PIB à la fin du mandat. Il mentionne aussi une inflation voisine de 2 %. Pour l’année 2027, la Note de présentation du PLF retient une croissance de 3,7 %, un déficit de 3 % et une dette du Trésor de 66,9 % du PIB. La prévision de croissance annuelle n’est pas directement comparable à la moyenne recherchée sur cinq ans, et la dette du Trésor n’a pas nécessairement le même périmètre que celle du programme gouvernemental. La difficulté politique est de financer les engagements du mandat tout en rendant crédibles ces trajectoires.
L’investissement public programmé pour 2027 atteint 400 milliards de dirhams. La Note de présentation le répartit entre 251 milliards pour les établissements et entreprises publics, Fonds Mohammed VI pour l’investissement compris, 124 milliards pour le budget général, les comptes spéciaux et les SEGMA après neutralisation des transferts internes, et 25 milliards pour les collectivités territoriales. Il ne s’agit ni d’un crédit unique du budget de l’État ni d’une dépense réalisée. Une large part de l’effort repose ainsi sur des opérateurs publics dont les ressources, l’endettement et les capacités d’exécution ne sont pas ceux du budget général.
Les arbitrages les plus visibles touchent au pouvoir d’achat. Le PLF prévoit 19,4 milliards de dirhams pour la compensation du gaz butane, du sucre et de la farine nationale de blé tendre. L’aide directe minimale doit passer à 600 dirhams mensuels en 2027, première étape d’une trajectoire vers 1 000 dirhams. La pension minimale est appelée à atteindre 1 700 dirhams en 2027, avant un objectif final de 3 000 dirhams. Les changements de régime de pension et les aides sur les factures d’électricité ne disposent pas encore, dans les éléments rapprochés, d’un coût individualisé. Les documents budgétaires ne permettent pas encore de relier chacune de ces mesures à ses bénéficiaires, à son échéance et à son financement propre.
L’emploi, l’école et la santé face aux objectifs du mandat
Le gouvernement présente la création d’au moins un million d’emplois, la réduction d’au moins la moitié du nombre de jeunes ni en emploi, ni en études, ni en formation et un taux de chômage ramené à 7 % en 2031 comme des objectifs de mandature. Il annonce aussi, pour les jeunes de 18 à 29 ans éloignés de l’emploi et de la formation, une plateforme d’accompagnement associant diagnostic, orientation, formation et prime à l’employeur conditionnée à l’insertion durable. La copie du programme évoque environ 500 000 opérations de formation, 500 000 premières expériences ou emplois aidés et 60 000 projets d’entreprises de jeunes. Ces volumes concernent des dispositifs différents. Leur addition ne saurait servir à annoncer mécaniquement un million d’emplois nets.
La formation professionnelle et l’apprentissage devront être jugés sur leurs débouchés. La Note de présentation du PLF signale 751 422 places pédagogiques pour 2026–2027 et un objectif supérieur à 150 000 apprentis par an. Ces chiffres décrivent des capacités et des parcours, non des embauches durables. Pour l’école, le nombre d’établissements et de programmes déployés renseigne sur les moyens. Les acquis des élèves, les conditions d’enseignement et le décrochage mesureront leurs effets. Les cibles scolaires qui ne sont pas clairement rapprochées d’une page du programme et d’une série statistique doivent rester hors des conclusions chiffrées.
La Santé dispose d’une enveloppe sectorielle prévue à 45,4 milliards de dirhams en 2027, contre 42,4 milliards en 2026. Le programme associé mentionne la réhabilitation de 1 400 établissements, le lancement de travaux sur 1 600 centres supplémentaires, la mise en service d’infrastructures hospitalières et une cible de 45 professionnels de santé pour 10 000 habitants en 2030. Ces annonces regroupent des chantiers à des stades différents et ne précisent pas, pour chaque établissement, ce qui est déjà livré. Le budget sectoriel global n’est pas le coût de chacune de ces opérations. Et l’ouverture d’un établissement ne garantit ni la présence d’équipes suffisantes ni l’accès effectif aux soins.
L’architecture des engagements sociaux montre un autre risque de comparaison trompeuse. Porter le minimum de l’aide directe à 1 000 dirhams, viser une pension minimale de 3 000 dirhams et alléger certaines factures d’électricité ne concernent ni les mêmes bénéficiaires, ni les mêmes conditions d’éligibilité, ni les mêmes calendriers. Le programme gouvernemental réserve la prise en charge des factures, dans la limite de 100 dirhams mensuels, aux ménages éligibles selon le revenu réel et la résidence principale. La distinction est essentielle pour comparer cette mesure à la proposition plus générale figurant dans le programme du PAM. La convergence d’un seuil nominal ne démontre pas l’identité de deux politiques.
La crédibilité des politiques d’emploi et de protection sociale dépendra de la publication de résultats comparables : créations nettes vérifiées, nombre de personnes effectivement insérées, durée de maintien dans l’emploi, évolution des prestations reçues et répartition entre territoires. La protection sociale doit être évaluée par l’amélioration des conditions de vie et de l’accès aux droits, et non uniquement par le nombre d’inscriptions à un dispositif. Le Parlement disposera d’un rôle central dans la demande et le contrôle de ces informations.
Les territoires : 130 milliards annoncés, des pouvoirs à transférer
Le programme gouvernemental prévoit 130 milliards de dirhams sur cinq ans pour une nouvelle génération de programmes territoriaux intégrés, avec une contribution envisagée d’environ trois quarts de l’État et d’un quart des collectivités. Il prévoit aussi le relèvement des transferts financiers de l’État aux régions à au moins 12 milliards de dirhams par an à partir de 2027. Ces deux montants ont des horizons et des périmètres différents : l’un correspond à un programme pluriannuel, l’autre à un flux annuel destiné à l’ensemble des régions, et non à chacune d’elles. Leur présence dans les textes ne prouve ni les crédits effectivement versés ni les projets réalisés.
L’effort financier ne résout pas, à lui seul, la déconcentration administrative. Le PLF fait état d’un cadre juridique destiné à faire évoluer les organes régionaux d’exécution et des schémas ministériels de déconcentration. Les textes évoqués ne permettent pas encore d’établir dans quelle mesure les services territoriaux disposeront du pouvoir de signer les décisions, d’engager les crédits et de recruter les équipes nécessaires. Les ministères de l’Intérieur, des Finances, de l’Aménagement et les départements sectoriels détiennent chacun une partie de ces leviers. La capacité des régions à agir se mesurera au transfert de compétences et d’autorité autant qu’au montant de leurs ressources.
La géographie des projets devra donc être suivie par opération. Une enveloppe nationale d’investissement public ne dit pas ce qui atteindra une province, un centre de santé rural ou une commune enclavée. Les documents sur la répartition régionale de l’investissement fournissent un point de départ, mais il faudra rapprocher les crédits programmés des autorisations d’engagement, des paiements, des livraisons et des services effectivement rendus. Un chantier annoncé et un équipement en fonctionnement ne produisent pas le même effet pour les habitants.
La sécurité hydrique et alimentaire illustre cette nécessité de traduire les engagements en capacités. Le programme annonce six stations de dessalement visant une capacité de plus de 1,8 milliard de mètres cubes à l’horizon 2031, 350 000 hectares supplémentaires d’irrigation économe et l’extension du semis direct à un million d’hectares d’ici 2030. Le PLF prévoit également une progression de la part des semences nationales utilisées, de 20 % à 50 % pendant la mandature. Chaque objectif renvoie à des réalisations et à des unités de mesure différentes. Les administrations devront publier leurs calendriers et leurs résultats sans confondre capacité projetée, équipement achevé et volume réellement mobilisé.
Souveraineté énergétique et modernisation de l’État
Le gouvernement vise une part de 52 % des énergies renouvelables dans la capacité totale installée de production électrique en 2030. La Note du PLF situe cette part à 46,7 % fin juillet 2026. Ce sont bien des indicateurs de capacité installée, et non de production électrique effective. La progression de ces capacités exige également des investissements dans les réseaux, le stockage et les raccordements. Le programme prévoit un stock de combustibles couvrant trois mois et des moyens renouvelables réservés à certains projets de dessalement. Les chiffres annoncés dessinent des objectifs dont la réalisation exige des investissements coordonnés.
La transformation numérique et l’intelligence artificielle engagent également plusieurs administrations. La Note du PLF décrit « AI Made in Morocco 2030 », le réseau JAZARI, la formation annoncée de 5 000 encadrants et la montée en charge de programmes de compétences numériques. La création d’un département ministériel dédié ne permet pas, seule, de mesurer la transformation des administrations. Les textes d’application, la disponibilité des données, la formation des agents, la qualité des services et le contrôle des dépenses devront donner un contenu vérifiable à ces ambitions.
La Constitution organise la répartition des compétences des institutions marocaines. Le Conseil des ministres, présidé par le Roi, délibère notamment sur les orientations stratégiques de la politique de l’État et les orientations générales du projet de loi de finances. Le gouvernement exerce le pouvoir exécutif, met en œuvre son programme et délibère sur les politiques publiques et sectorielles dans le cadre de ses attributions. Les orientations stratégiques sont arrêtées dans les institutions compétentes. Leur traduction budgétaire et leur mise en œuvre engagent ensuite le gouvernement et les administrations. Ces responsabilités ne sont pas interchangeables.
Des engagements désormais chiffrés
Le PLF 2027 reprend certaines priorités du programme de coalition sans isoler systématiquement le coût de chaque mesure. Les documents officiels fixent les engagements communs. Ils ne permettent pas d’attribuer les arbitrages à l’un ou l’autre des quatre partis.
Le programme comporte également des engagements sur la probité, la lutte contre la corruption et les conflits d’intérêts. Leur présence dans le document de mandature ne permet pas d’affirmer qu’un instrument nouveau a été adopté ni qu’une réforme produit déjà des effets. Les textes d’application, l’autorité chargée des contrôles, les obligations de publication et les suites données aux manquements devront être identifiés. Cette exigence vaut pour la commande publique, dont une part de 30 % est annoncée en faveur des TPME : une règle d’accès aux marchés ne représente pas un crédit de 30 % du budget ni des contrats déjà attribués.
Le gouvernement El Mansouri dispose d’une majorité parlementaire et d’un programme chiffré. Le PLF 2027 engage certaines priorités, mais ne garantit ni leur financement intégral ni leur réalisation. À l’issue du mandat, les emplois effectivement créés, les prestations versées, les établissements ouverts et les investissements achevés diront ce que cette majorité aura accompli.